
Mon œuvre représente mon bonheur actuel, en opposition à mes souffrances adolescentes. Elle sera, momentanément, mon rêve idéal, jusqu'aux prémices d'une nouvelle réalisation, et ainsi de suite. Il me sera donc difficile de me définir autrement que par des mots-clés : exposition, acryliques, pastels, encres, argiles, bois, pierre, installation, collectif, conception.
C'est précisément cette logique d'exposition et de rencontre qui a pris forme au Vieux Bassin d'Allauch, en septembre 2022 : sur 150 mètres carrés, l'installation a réuni 700 visiteurs, dont les enfants des écoles de la commune, invités à en explorer l'œuvre à travers un jeu de piste conçu pour eux. C'était l'occasion d'avoir une vue d'ensemble de mes travaux, avec une interprétation de la statue de la Liberté qui devenait, le temps de l'exposition, symbole de paix en Ukraine. Elle se cachait dans une nuée d'oiseaux en origami, rythmée par des chants de mouettes, et accompagnée d'une lecture du poème de Paul Éluard, Liberté, j'écris ton nom.
Cette vue d'ensemble tient à la diversité des matières que je pratique. J'utilise l'acrylique, que je peins régulièrement, ou le bois flotté, qui me tient particulièrement à cœur car sa conception m'offre toujours son lot de surprises : je le trouve au hasard de mes randonnées en campagne, et il stimule mon observation. Cette observation, je vais aussi la nourrir à la bibliothèque de l'Alcazar, à Marseille, où j'étudie les arts plastiques en lisant des revues culturelles. Je m'inspire de certaines d'entre elles pour dessiner, dans un cahier d'écolier, des personnages imbriqués les uns aux autres, formant un véritable fouillis qui attire le regard et hypnotise.
Parfois, je me laisse aussi porter par les transparences de l'aquarelle. J'essaie alors d'élaborer des personnages tout en douceur et en légèreté qui, je l'espère, révèlent beaucoup de poésie. Modeler l'argile, en revanche, me ramène à une sensation enfantine : je façonne, dans une pâte chamottée cuite à 1 200 °C, des personnages que je recouvre d'engobes pour en souligner les couleurs, puis je les recuis une seconde fois.
J'aime multiplier les médiums, et je reviens souvent aux pastels pour creuser les profondeurs de mes travaux : je réalise alors des tableaux « gras sur maigre », où j'enrichis mes dessins d'abord aux pastels secs, puis aux pastels gras. Je prends aussi plaisir à dessiner à l'encre de Chine sur du papier de riz avec des couleurs affirmées, traduisant ainsi ce désir de rencontre qui m'habite : des personnages énigmatiques apparaissent, parfois au stylo à gel, et ne se laissent observer que sous plusieurs angles.
Le travail de la pierre m'interpelle également, et passionnément, à plus d'un titre. J'apprécie de voir l'objet se réaliser progressivement selon l'inclinaison du couteau, et particulièrement quand il est réalisé en pierre de la Couronne, un quartier de Martigues, la ville dont je suis originaire — j'aime récolter la pierre sur le terrain de mes grands-parents.
Fondateur à deux reprises de collectifs d'artistes, je conçois mon travail comme un chantier permanent, chaque pièce achevée n'étant que le prélude d'une suivante. Transmettre ce regard, c'est peut-être là que tout commence.


